Street Fighter : L’Ultime Combat : c’était un jeudi

sfaff2

Yoga Fire

Street Fighter. Série de jeux vidéos mythique s’il en est. Personnages et coups entrés dans l’inconscient collectif, système révolutionnaire, réalisation exemplaire… on pourrait s’attarder longtemps sur le vaste monde de ces jeux, que dis-je, cette véritable institution.
Mais cette grande famille comporte un rejeton mal-aimé, fustigé par l’ensemble de la planète, un sommet de mauvais goût absolu qui pourtant est devenu culte pour beaucoup d’entre nous, gens capables de déceler la vraie beauté même dans les endroits les plus surprenants (aucune blague scatologique dans cette phrase). Je vais donc m’appliquer à restituer à ce fils indigne l’éloge qui lui revient de droit. Pour ceux n’ayant toujours pas deviné, je veux bien évidemment parler du très sobrement intitulé Street Fighter – The Ultimate Battle (ou Street Fighter – l’Ultime Combat dans nos vertes contrées).

Good Morning Shadaloo

Aussi incroyable que cela puisse paraître, Street Fighter – The Movie est un film. Si, c’est vrai (à prononcer avec un accent italien). Mais pas n’importe quel film. Déjà, c’est un film avec Jean-Claude Van Damme, ce qui n’est pas rien. Serait-ce utile de présenter l’homme (car c’en est un, et un vrai) aux facettes multiples ? Acteur dramatique (son grand écart facial restera dans les mémoires) et philosophe underground à la fois, cet être probablement envoyé par les cieux reste malheureusement encore sous-estimé par la majeure partie de la populace. Les pauvres, ils ne savent pas.
sfgui2

Bref. JCVD – devenu roux pour l’occasion – interprète ici le colonel William F. Guile, soldat des Nations Alliées qui aime ses hommes et que ses hommes aiment. Accompagné d’une gendarmette en string nommée Cammy (formidablement incarnée par Kylie Minogue), il lutte contre le diabolique Général M. Bison (Raul Julia, le portugais de la Famille Adams, mort peu de temps après SF… il y a mieux, comme film posthume) qui s’est mis dans la tête d’instaurer sa dictature sur Shadaloo, en Thaïlande, et élever une « paix bisonique » sur sa grande cité « Bisonopolis ». Cet espèce de gros vilain demande en sus une rançon DELIRANTE de 20 milliards de dollars aux Nations Alliées, en échange de la vie d’une soixantaine d’otages. Parmi ces otages se trouve Charlie, le vieux camarade de Guile, raison de plus pour notre cher colonel de botter les fesses de « cet enfoiré de Bison ! ».

Augmentation de la masse nanardesque : 85%

Mais ne pensez pas que le scénario se limite à ça, surtout. Vous passeriez à côté d’une véritable fresque guerrière où se croisent divers destins opposés qui vont se rejoindre pour un final explosif de 45 min (!) sur lequel je reviendrai plus loin. Nous avons donc, pour commencer, les très célèbres Ryu et Ken. Soulignons le courage impressionnant du scénariste/réalisateur (fantastique Steven E. De Souza, pourtant à l’origine de Die Hard… tout fout le camp) qui a fait de nos deux combattants icôniques, dont la vie était à la base dévouée à leur art martial, deux minables trafiquants d’armes. Il fallait oser. Donc, Ryu Hoshi et Ken Masters, petits truands à la ramasse qui vont se retrouver embarqués dans une folle histoire après avoir essayé d’arnaquer un criminel de « grande » envergure, collaborateur de Bison, je veux bien évidemment parler de Sagat, continuellement suivi par son boulet espagnol un brin efféminé, le champion de combats en cage Vega.

"Mais coumment loui avouer qué jé l'aime ?"

"Mais coumment loui avouer qué jé l'aime ?"

Et ça ne s’arrête pas là ! Troisième et dernière face de ce fabuleux triangle scénaristique, Chun-Li, journaliste ninja, aidée du boxeur déchu Balrog et du sumo tahitien E. Honda, qui cherche à venger la destruction de son village et la mort de son père, évidemment causés par, je vous le donne en mille, « cet enfoiré de Bison ! » Il faudrait être de marbre pour rester insensible.

Voilà pour le synopsis. Oui, c’est de la merde. Mais je vous vois venir. Pourquoi ce film peut-il être considéré comme culte alors ? Et bien, c’est ce que je vais m’efforcer de vous expliquer. Cette partie « réflexion et analyse » comportera sûrement des spoilers. Ceux qui ont peur de se gâcher le film… on s’en fout.

Un chef d’oeuvre post-Bisonique

Il y a une bonne raison d’aduler ce film. Une raison que la critique internationale n’a jamais compris, et ne comprendra probablement jamais. Cette expérimentation cinématographique n’est autre qu’une ode à la nullité. Tout, absolument tout, repousse les limites établies du mauvais goût, du décor de fond à la moindre teinture de cheveux. C’est naze, tout simplement. Tellement naze que ça en devient magnifique. On ne regarde pas ce film. On plonge dedans comme on plongerait dans une piscine de merde. Cela peut se révéler éprouvant, mais on ne peut qu’en ressortir grandit. Et c’est là que l’on accède enfin à la vérité : Street Fighter est le navet absolu. Il n’y a rien à sauver. Le travail de DeSouza se révèle ici impressionnant : il était conscient de faire une merde, il l’a donc fait de la manière la plus nulle possible. En résulte une espèce de courge filmique à la structure bordélique et aux dialogues tout simplement démentiels (“Pour vous, le jour où Bison a honoré votre village était le plus important de votre vie. Pour moi, c’était un jeudi.”). Mais tout ceci ne serait rien sans les acteurs.

Fig. 1.3 : "un acteur"

Fig. 1.3 : "acteur"

Les acteurs. A vrai dire, je ne suis pas certain que ce mot soit le plus adapté ici. Pour situer, prenez les mots « charisme » ou « talent », et imaginez l’inverse totale. Voilà, vous avez le casting, tout droit sorti d’une sitcom décérébrée. J’ai dit sitcom ? Je voulais sûrement dire poubelle. L’ensemble du film repose sur les personnages, il était donc important de les tourner en ridicule au maximum eux aussi. Pari brillamment relevé.
Du jeu, il ne reste rien, si ce n’est des noms et quelques clins d’oeil. Mais franchement, le jeu, on s’en balance. On est dans un autre monde là, il va falloir oublier tout ce que vous savez. Ici, Blanka ressemble à Christophe Lambert et doit peser 50 kilos, Dhalsim est un scientifique indien héroïque et philosophe (« quand les justes ne font rien, ils font le jeu du mal » – à méditer) avec des cheveux (sauf à la fin où il devient subitement chauve, sans raison, pour le fun), Martin Luther King fait un caméo surprise, Sagat mesure dans les 1m50, Dee Jay…non je préfère pas en parler de celui-là. Effectivement, c’est très fort. Sans parler de Ryu et Ken, véritables représentants de l’amitié virile entre hommes et du don de soi (en témoigne l’arrivée providentielle de Ken pour aider Ryu en difficulté face à Vega et Sagat, alors que tout semblait perdu). Beau message.

sfryu

« Car j’ai vu Lucifer, tel un éclair, tomber dans la tempête »

Mais tout ceci n’est rien à côté des deux antagonistes principaux, Guile et Bison bien entendu.
Ces deux-là écrasent les autres par la puissance des symboles qu’ils représentent. L’éternelle lutte entre le Bien et le Mal a trouvé son apogée ici, mes amis. Bison est le méchant ultime. Guile le patriote américain parfait (bien qu’il soit belge), dont le QI négatif ne peut renvoyer qu’à l’innocence la plus pure. L’affrontement final apocalyptique que l’on attend pendant toute la durée du film ne déçoit pas, loin de là. De Souza lâche tout, nous aussi. Comment résister face à un tel déchaînement de ridicule ? Impossible. Ce n’est plus un nanar à ce niveau-là, c’est carrément le zéro absolu. Tous les mouvements de cape de Raul Julia et les coups de pieds sautés de Van Damme, exécutés avec une conviction digne de notre président en plein discours, poussent le film dans les abysses, la mise en parallèle hachée avec les autres combats n’arrangeant franchement rien.

On croit alors avoir touché le fond. Et bien non. La Loi de Murphy a trouvé son application cinématographique. Après la pseudo-mort de Bison (spoiler), les multiples retournements de situations et l’inévitable explosion finale qui a du bouffer la moitié du budget, on retrouve nos fiers héros pour quelques minutes tout simplement incroyables. Il me paraît difficile de décrire ça avec des mots, à vrai dire. C’est tout simplement bouleversant. Les dialogues, les mouvements, JCVD. J’en ai la chair de poule rien que d’y repenser. Un fin vertigineuse. Je parlais du zéro absolu plus haut, et bien là c’est tout simplement le néant. Histoire de nous achever en beauté, le film se termine par une pose générale que même les Power Rangers renieraient. Je vous l’offre.

sfpose

Comme si ça ne suffisait pas, une surprise attend le spectateur pendant le générique. Je ne dirais rien, mais sachez juste qu’après ça, vous saurez ce que « humour foireux » veut dire. Je ne plaisante pas.

On pourrait croire que Street Fighter est haïssable. Assurément pas, ou alors il faut travailler à Télérama. Par son statut de merde ultime complètement assumé, il devient un objet fascinant, un véritable hadoken (ou fist fucking en occident), un déclencheur de jouissance incontrôlable. L’oeuvre a échappé à son créateur. Aujourd’hui, c’est un mythe. Reste qu’il faut se préparer à perdre tout repère à sa vision. Mais c’est là le prix pour assister à la nullité parfaite sur pellicule. Merci Steven E. De Souza.

"...évidemment !" (M. Bison, 1994)

"...évidemment !" (M. Bison, 1994)

Publicités

Laisser un commentaire

Aucun commentaire pour l’instant.

Comments RSS TrackBack Identifier URI

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

  • Le bon mot de Benjamin Castaldi

    "Pour la crudivore, les carottes sont cuites."