Boys Bands : Quand je vois Fernande…

Back to Where we Started

Bonjour, ou bonsoir pour les australiens qui nous lisent. Si vous le voulez bien, nous allons, tous ensemble, opérer à une expérimentation totalement inédite. Fermez les yeux. Ou gardez les ouverts, histoire de pouvoir continuer. Imaginez que vous êtes de nouveau en enfance. Imaginez que vous êtes de retour dans les années 1990. Vous vous sentez bien. Votre mère est à vos côtés.

On n’aimait pas vraiment se prendre la tête dans les 90’s. On préférait assumer nos goûts de merde, le plaisir des couleurs vives, le divertissement simple et abordable (pour preuve, les Steven Seagal sortaient encore au ciné – et avaient du succès). Ce n’était point Tokio Hotel qui trônait en haut des hits (hits célébrés par les deux grandes icônes télévisuelles de l’époque, depuis tombés dans la déchéance, Charlie et Lulu), mais des tubes dansants, colorés, estivaux, j’irais même jusqu’à dire foutrement bandants. Porteurs de cet étendard musical, un mouvement saugrenu et parfaitement installé régnait en maître sur la société : le boys band.

Importé des contrées anglophones, le boys band est un pur produit des 90’s et en demeure l’un des grands symboles incontestés. Evidemment, certains aigris refusent d’admettre le génie présent dans ces groupes ultra formatés. Au diable les schtroumpfs grognons. Comment peut-on s’imaginer (air connu) la vie sans boys band ? Pour preuve, les générations actuelles sombrent dans la drogue, l’alcool, et autres vices. Tout ceci n’existait pas dans les 90’s. D’ailleurs, comme chacun sait, c’est avec l’avènement de l’an 2000 qu’est apparu le sida.

De toute façon tu me comprendras jamais maman !

J'ai besoin de commenter ? Vraiment ?

Revenons-en à nos boys. Ce phénomène aujourd’hui révolu apparaît très intéressant à bien des égards. Courant musical à la croisée de la dance, du hip hop et du disco, les boys bands représentaient le fantasme absolu de la jeunesse féminine et un exemple à suivre pour les jeunes garçons pleins d’hormones (dont tu faisais partie, n’essaie pas te cacher).

Rythm and Soul

Mais analysons de plus près les raisons du succès interplanétaire (oui, même sur Mars ils ont kiffé leur race, dans les 90’s il y avait encore de l’eau et de la vie là-bas) des boys bands, si vous le voulez bien.
Tout d’abord, les artistes en eux-même. Le boys band de base obéit à une loi simple : entre trois et cinq garçons, tous bodybuilders et « beaux gosses » (ou « gosses beaux » si vous venez d’une famille défavorisée) et abordant un goût prononcé pour les vêtements blancs ou à couleurs agressives (orange, violet, rose, etc) laissant apparaître leurs torses sculptés et ruisselants de sueur.
Il y a des incontournables au sein d’un boys band, afin de respecter les commandements de l’ancien dieu maya « Quota ». Déjà, il faut un bronzé. Je veux dire, un bronzé de naissance. Qu’il soit portoricain, espagnol, noir, arabe, cela n’a aucune espèce d’importance. Il faut juste que sa peau paraisse plus foncée que celle de ses compagnons. Autre membre inévitable, le rebelle/ténébreux qui fait craquer les filles. Parfois, le bronzé et le ténébreux sont une seule et même personne, ce qui permet au manager d’économiser les séances de musculation d’un type supplémentaire.
Bien sûr, parmi ces beaux gosses, il en faut aussi un plus petit que les autres. Logique. Généralement, c’est aussi celui qui plaît le plus après le ténébreux rebelle, sûrement à cause de son apparence plus « accessible » que les demi-dieux franchement grecs qui l’accompagnent.
En ce qui concerne les autres, ils n’ont aucun signe particulier et sortent de la même cuve de clonage.
Il est intéressant de constater que, dans l’immense majorité des cas, un seul des membres, voire parfois deux, a l’honneur de chanter. Les autres se contentent des choeurs lors des refrains et de la chorégraphie.

La chorégraphie. 50% de la force des boys band. Des pas de danse élémentaires, festifs, faciles à reproduire dans sa chambre ou dans le salon devant les yeux fascinés de papa et maman. N’importe qui peut s’imaginer à la place de Nathan des Worlds Apart, enflammant le dance-floor comme un professionnel accompli.

Soldiers of the Heart

Ceci n’est finalement qu’une facette du message porté par les boys band, porté par des structures simples mais accrocheuses (le refrain se répète notamment beaucoup, dans le but de marquer le plus possible l’auditeur). Ce message est en fait double. Tout d’abord, est prônée l’amitié virile, à travers de franches accolades et autres moments de camaraderie intense (comment oublier les vacances dans les Alpes des 2be3, relatés par l’émission phare « Fan De » ?). De fait, en plus de faire fantasmer des millions de filles en chaleur, les boyz s’accaparent la cause homosexuelle alors en pleine effervescence*.

*cause homosexuelle en pleine effervescence

*cause homosexuelle en pleine effervescence

Mais les boys band se font aussi et surtout troubadours de l’amour vrai, entre l’homme et la femme (?), entre les nations, les cultures, les peuples. Symboles de l’espoir, les boys band n’hésitent jamais à s’investir et à revendiquer leurs positions à travers leurs clips, et ce même si ça dérange les bien-pensants :

Ces liens entre les nations se sont logiquement répercutés par une exportation rapide du phénomène boys band. Précurseurs parmi les précurseurs, les Worlds Apart révolutionnent le monde un peu trop sclérosé des boys bands en devenant bilingues. Deux tubes plus tard (Je Te Donne et Quand je Rêve de Toi), des français suivent le mouvement. C’est le début de la déferlante.

Des groupes tels que Alliage, les Gay-Squad (qui eux n’avaient aucun remords à exhiber leur sexualité trouble), et bien évidemment les légendaires 2be3 sont les plus fiers représentants de notre grande nation. Adaptant la formule anglo-saxonne à des textes puissants dans la langue de Molière (« Aucune fille au monde n’est plus belle / Aucune fille plus belle que toi / Aucune fille au monde n’est plus belle / N’est plus belle que toi pour moi »), les boys bands français restent une étape importante dans la musique de notre beau pays. Pour preuve, leur influence se ressent encore sur des groupes comme les défunts Kyo ou les morts-nés Zaboyzs. Un petit mot sur Allan Théo, qui poussait l’expérimentation au point de concentrer dans sa seule personne tous les atouts des groupes gaulois et anglo-saxons, comme le laisse deviner son double prénom, à travers une plume aussi acerbe qu’internationale évoquant les plus grandes heures de Balzac dans sa période méconnue de « soupe bilingue ».

Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin, et le public finit par se lasser de ces apollons saltimbanques, provoquant leur disparition pure et simple. Partis comme ils étaient arrivés, les boys bands ont bien tenté, en vain, de revenir reconquérir ce monde cruel qui a perdu son âme en passant au niveau millénaire. « Partir un jour, sans retour », clamait un Filip qui avait déjà tout prévu. Mais en tant qu’éternel défenseur des causes justes, je me devais de leur rendre l’hommage qui leur est du.

Et maintenant, pour des raisons évidentes, je vais boire une bière devant Die Hard en mettant une main dans mon caleçon.

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