Dragon Ball : Evolution : powered by L’Oréal

Il est né le divin enfant

Ca y est, il est arrivé. Non, pas le petit Jésus, mais bien le nanar que l’on attendait tous depuis des années, l’adaptation live du manga le plus culte et le plus inadaptable de tous les temps : Dragon Ball. L’heure est enfin venue de répondre à toutes les questions qui nous hantaient : est-ce la grosse daubasse tant espérée, le fier descendant de Mortal Kombat 2 et Street Fighter ? Ou est-ce juste un mauvais film, chiant comme la pluie, Drucker, ou Drucker sous la pluie ? Piccolo est-il vert ? Justin Chatwin aura-t-il une légion d’honneur ?

Autant clarifier les choses directement : Dragon Ball : Evolution est une déception. Rassurez-vous, le film reste à chier dans son kimono mais ce n’est pas le nanar prévu. Street Fighter n’a donc aucun souci à se faire. Ne pleurez quand même pas : il reste digne de figurer en ces pages, pour tout un tas de raison que je vais vous présenter tout de suite. Magnéto, Serge.

J’Accuse

Parlons d’abord rapidement de l’homme mystère qui se cache derrière ce blockbuster : James Wong. Afin de comprendre le personnage, il convient d’analyser sa filmographie : le bougre est à l’origine de petits chef-d’oeuvres aussi variés qu’intellectuellement novateurs : Destination Finale, Destination Finale 2, Destination Finale 3, et non pas Destination Finale 4 (je t’ai vu venir), mais The One, une merde volante où, face à Jet Li, apparaissait l’inénarrable Jason Statham. Un CV pour le moins imposant, mais on est en droit de se demander pourquoi un tel choix de la part de la Fox. L’équation est pourtant simple : il s’appelle Wong, il doit s’y connaître en trucs de bridés, les fans vont adorer. Epaulé par un certain Ben « Killa » Ramsey (…) au scénario, dont le fait d’armes le plus fondamental doit être d’avoir collaboré de loin à une connerie des frères Wayans, que nous a-t-il préparé, à nous autres avides de gourmandises à l’arrière goût salé ?

Pimp ?

Pimp ?

Tout commence de façon plutôt enthousiasmante : une voix léthargique nous compte la légende de Piccolo et son singe-démon qui se sont fait emprisonner voilà 2000 ans par les Pères Fondateurs, ou quelque chose dans cet esprit. Les couleurs sont vives, l’intonation du narrateur ridicule, l’oeil est excité, et pour couronner le tout, on passe directement à un gros plan sur la tête de Justin Chatwin.
Justin Chatwin est le canadien avec lequel vous allez passer non pas 2h mais 1h15. Oui, vu le prix de la place de ciné, ça le fait moyen. Mais revenons-en à Justin ; comme vous le savez, il incarne Goku, qui dans le manga est un nain à queue de singe qui se ballade à poil et qui n’aime que manger. Ici, c’est un nain avec une coupe Vivelle Dop qui s’exprime comme un handicapé moteur, butant sur chaque mot avec un sourire ébahi, et faisant remonter à la surface le doux souvenir de la VF de Corky.
Goku est donc un ado super fort qui partage son temps entre l’entraînement avec son grand père Gohan et les cours au lycée. C’est cela, dès les 5 premières minutes, il devient inutile de comparer avec le manga : rien à voir, circulez. Que fait donc Goku au lycée ? Eh bien il se fait maltraiter par des fans de tuning, se fait appeler « Gogol » (le téléthon appréciera le clin d’oeil), il s’endort en cours, fantasme sur les filles, et utilise sa force spirituelle pour ouvrir les casiers. Effectivement, ça commence très bien.
Après quelques péripéties fort passionnantes dans le lycée aux couleurs très Austin Powers, Goku se verra invité à une soirée dans un château (mais qu’est ce que !). Et c’est là qu’il va enfin se battre contre les méchants amateurs de tuning. Un combat complètement incompréhensible, à l’image de ceux qui le suivront, fait de ralentis, d’accélérés et de mouvements de caméra ras la teub. Manque plus qu’une batte de base-ball et on est de retour dans le monde fabuleux de Twilight. Mais notons quand même la performance mémorable du chef du tuning show, qui, en essayant de frapper Goku, défonce sa voiture comme un gros demeuré, ne s’arrêtant même pas de frapper quand il voit qu’il ruine sa caisse jaune. En parallèle, grand père Gohan se fait écraser par sa maison.
Oh, je vois que je brûle une étape ! Quelle densité, mes amis. Donc, grand père Gohan, qui méditait tranquillement à côté d’un gâteau au chocolat, se fait attaquer par le démon Piccolo et sa pute chinoise toute de latex vêtue. Vous l’aurez compris, Piccolo est le grand méchant de l’histoire, qui apparaît sur le vaisseau de Boba Fett par tranches de 30 secondes pour dire que les dragon ball c’est cool et qu’il va pouvoir se venger du monde. Alors oui, pour les fans hardcore : il est bien vert, rappelant un peu un The Mask qui aurait vu Batman Begins de trop près. Il ne va pas tuer Gohan, ce serait trop simple, il se contente de faire exploser la maison, laissant le pauvre vieux sous les débris. Une fin glorieuse pour un personnage qui gardera son air d’imbécile heureux jusque dans ses derniers instants.

Gangsta Luv.

Gangsta Luv.

L’insoutenable Légèreté de l’Etre

Je ne vais pas raconter tout le film, non pas pour éviter de vous le gâcher, mais parce que ce n’est pas très intéressant. Je préfère m’attarder (ce mot n’est pas innocent) sur les personnages, véritables mines à…non, je n’y arrive pas.
Commençons donc par notre sublime héros Goku. Son seul but pendant 1h n’est pas de sauver le monde, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, mais plutôt de tringler Chichi, d’ailleurs s’il pouvait s’envoyer Bulma aussi il serait partant. Sa psyché tient donc en une ligne, et c’est dramatique, je ne vois rien d’autre à ajouter sur lui. Parlons alors de Chichi et Bulma, les premières qui l’accompagneront dans sa quête freudienne des boules. Ces deux-là sont plutôt agréables à regarder, surtout Chichi qui est ma foi fort bien roulée et qui se plaît à occuper la moitié de l’écran rien qu’avec sa poitrine. Contrairement au manga où elles avaient de vrais caractères de chieuses (ouais des gonzesses quoi !), ici, elles ont la consistance d’une huître. C’est mou, c’est vivant, ça mord parfois, mais ça ne sert vraiment pas à grand chose dans l’équilibre du monde. Tortue Géniale, ici nommé Maître Roshi, est un cas particulier. Si vous le voulez bien, ouvrons la nouvelle édition du Petit José et regardons les synonymes du mot déchéance : « abaissement, affaiblissement, atrophie, avilissement, bassesse, chute, corruption, décadence, déclassement, déclin, décrépitude, décri, dégénérescence, dégradation, délabrement, déliquescence, déposition, dépravation, désastre, déshonneur, destitution, destruction, détérioration, détrônement, disgrâce, éclipse, faute, flétrissure, forclusion, forfaiture, honte, ignominie, incapacité, inconduite, indignité, infamie, interdiction, misère, perte, rabaissement, rapetissement, ruine, sénescence, souillure, turpitude ; voir : Chow Yun Fat dans Dragon Ball Evolution. » Car Chow Yun Fat, fut un temps, était un acteur immensément respecté. Et puis comme son pote John Woo, il a décidé d’aller voir aux Etats-Unis au lieu de rester chez lui. Et comme son pote John Woo, il n’y a fait que de la daube. Un nouvel élément dans le débat sur l’émigration ? Pour en revenir au personnage de Roshi, c’est un vieux maître alcoolique qui devient sobre en 3 minutes, et qui concentre l’énergie de l’univers en lui en dansant la macarena. Tout ceci lorsqu’il n’est pas occupé à réciter la version tibétaine de « oh, kumbaya  » avec son copain moine shaolin noir autour d’une soupe.
Le dernier personnage à croiser la route de notre communauté de la boule se nomme Yamcha. J’ai un gros problème avec le pseudo acteur qui l’incarne pourtant avec un style très personnel. En effet, ce garçon à une bouche totalement improbable qui s’anime comme si elle était douée de sa propre intelligence quand il parle. Si on rajoute le fait qu’il se croit dans Mad Max, qu’il parle comme Kenza Farah et qu’il se décide à suivre le groupe en devenant super gentil sans aucune raison, eh bien ça nous fait un énième personnage complètement foireux.

La Bouche de lEnfer.

La Bouche de l'Enfer.

Certains se demanderont donc où sont passés certain personnages secondaires de l’oeuvre originale : Krillin, Tenshin-han, Oolong, etc. Il semblerait que la production ait eu un problème avec les personnages chauves, sachant que même Roshi a ici des cheveux. Loin de moi l’idée de défendre les gens chauves, mais une pub d’1h15 (on ne s’en remettra pas) pour les coiffures les plus bidons de l’univers, c’était un pari peut-être trop osé de la part de James Wong qui développe un peu plus le récent concept d’agression visuelle capillaire et l’érige en tant qu’art. La critique comprendra-t-elle cette courageuse prise de position ? Rien n’est moins sûr.

Soudain, le Vide

Dragon Ball : Evolution, à l’image de ses personnages, est un film totalement vide. C’est là sa particularité mais aussi sa faiblesse. Pourtant les intentions sont clairement là : la volonté de réaliser un nanar typé années 80 se ressent pendant tout le film, jusque dans ses effets spéciaux pour le moins douteux. Là où ça devient méchamment troublant, c’est que le budget s’élève a 100 000 000 dollars. Beaucoup de zéros. Imaginez ce que l’on pourrait achever avec une telle somme. Aider à la recherche. Sauver des milliers de petits africains. Réunir Michael Dudikoff et Steve James pour un American Ninja 6. Eh bien non, en ces temps de crise intellectuelle, on préfère les transformer en effets dégueulasses dignes d’un jeu Wii. Non mais sérieusement, regardez le combat dans la lave. C’est juste pas possible.
Dragon Ball est donc laid. C’est une chose. Il est aussi un film alzheimer. Cinq minutes après être sorti de la salle, vous oublierez jusqu’à son existence. Il se n’y passe rien d’important, les scènes s’enchaînent de façon mollassonne, tout est prévisible à 50 kilomètres (« oh elle se bat contre son double, mais qui est la vraie ? »: du jamais vu), et le ridicule est poussé dans ses derniers retranchements. D’accord, c’est le cas de beaucoup des films critiqués dans ce coin. Mais celui-ci a quelque chose de manquant : une âme. Il n’a rien d’attachant, il n’animera pas les soirées mondaines 2009. C’est fade comme du céleri.

Pas de pitié pour les croissants.

Pas de pitié pour les croissants.

Mais alors que l’on commençait à s’enfoncer dans la déception totale, arrive le final, qui, il faut l’avouer, a le mérite de retrouver l’esprit des 10 premières minutes. Ce n’est pas non plus un final orgiaque comme on les aime, mais on a quand même droit à, en vrac : une jeep volante, une mort aussi dramatique que les sélections de la Star Ac, Goku qui se transforme en loup-garou du campus, des phrases qui tuent (« fuis, je le retiens ! », « grand père, je suis si content de te voir ! », « tu dois trouver qui tu es », et autres), des fusillades à coups de pistolets à gaz vert…de bien belles choses. Après la tentative ratée de Roshi pour piéger Piccolo en criant « Macumba ! », la scène culmine dans le duel final entre Goku et Greenzo, environ trois minutes au compteur. Le tout s’achève dans un arc en ciel jaune et rose dans l’esprit du Magicien d’Oz, et voilà, Piccolo est mort. Enfin non, il est juste assommé, mais tout le monde s’en balance alors on le laisse partir.
Et c’est ainsi que le film touche à sa fin, avec tout de même une apparition spéciale d’un dragon emprunté à une cinématique de Playstation, et un plan final présentant un double coup de pied sauté mega-ralenti. Wahou.
Précisons quand même que la suite est déjà annoncée. Ne boudons pas notre plaisir : James Wong parviendra peut-être à accoucher du navet qu’il a encore, coincé entre ses cuisses. Entre nous, je suis plutôt confiant depuis l’annonce qui a fait trembler le monde :

The studio is also looking to expand that roster and are currently courting Twilight star Robert Pattinson to play the films villain. The film is expected to begin principle photography in Montreal this July, with a tentitive release date of Spring 2010.“

Pour ceux qui auraient oublié qui est Robert Pattinson, voici un indice :


Joie.

Chatwin or not Chatwin ?

Malgré sa première partie et son final, Dragon Ball : Evolution reste une petite déception, un film con sans grand génie. Croyez-moi, ça me peine autant que vous. Alors que faire pour remédier à son chagrin ? Je ne saurais que trop vous conseiller la première adaptation live du manga, une petite merveille signée Joe Chang du nom de Dragon Ball : le Tournoi des Sept Boules. Oui, rien que le titre est mieux que l’ensemble de l’étron de James Wong.


Le Tournoi des Sept Boules n’a clairement pas eu droit au budget extravagant de son petit frère, mais il pousse la puissance nanar à son paroxysme. Autant vous avertir, il est possible de mourir étouffé devant la première demi-heure de ce film qui dépasse l’entendement. Le scénario est à peu de choses près similaire à Evolution, mais le traitement est autrement plus fascinant. Dès le début, qui relate l’attaque d’un village de moines bouddhistes par des vaisseaux en forme de mouche, le spectateur comprend que ce n’est pas un film comme les autres. Et ça va en s’améliorant : Sangoku saute à travers les arbres sans aucune raison, les combats sont pour le moins acrobatiques (vas-y que je tombe dans une fenêtre en faisant un 900°), Yamcha (renommé Westwood) a un petit duvet à la place de sa moustache, et que dire du Roi Cornu, bad guy imposant s’il en est, ramenant Piccolo au statut d’imitation bien pâle. Les dialogues, souvent à base de « baguette magique » et de « boules magiques », sont un véritable délice, aidés par une VF abyssale. Le summum de la nullité cosmique étant atteint lors de l’affrontement entre Sangoku et un crocodile en plastique doué de parole. Alors oui, on n’échappe malheureusement pas au syndrome du « milieu chiant » qui touche une grande partie de nos daubes chéries. Est-ce une raison valable pour passer à côté de ce mythe d’une débilité si totale qu’elle relève du génie ? Non. En plus vous apprendrez de belles leçons de vie ; qui aurait cru que les hommes qui touchent des femmes sont en fait des « violeurs » ?

Le dîner est servi !

"Le dîner est servi !"

Je ne m’étendrai pas plus sur cette bouse extraordinaire que je vous encourage à vous procurer rapidement, ça coûte moins cher qu’une place de cinéma et c’est l’assurance d’une soirée réussie chez madame l’ambassadeur. Indispensable.

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2 commentaires

  1. Le singe et le songe ou l’autobiographie non officielle de Sangoku (Dragon Ball)

    On ne pèche pas par passion, mais par nécessité…

    J’ai rencontré l’inconnu afin que l’identique embrasse la différence.
Des points communs qui ont su vendre des miroirs pour des conséquences, sommes-nous liés ? Crie l’un aux autres Pour marcher sur ces pas sans ébauche.
Si les traces sont les fruits des apôtres, pourquoi pleurer l’implosion d’une brèche.
Autopsie macroéconomique d’un bon samaritain tendant le bâton pour en faire un but.
    
La lune dans les orbites, tout s’évanouit au matin, nature et fonction de cristal qui apparaissent, pour prendre la tangente au réveil.
Nu contre le sol, ces voix que disent-elles ? Que la révolution est une carotte pour sans-culotte en manque de sommeil.
    La suite ici :
    http://souklaye.wordpress.com/2009/01/19/le-singe-et-le-songe-ou-la-biographie-non-officielle-de-sangoku-dragon-ball/

  2. Mais trop !


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