Lumière sur… Morsay

Une certaine sincerité émane de ce personnage, alliée à la touchante sensibilité dont témoignent ses yeux cachés par les Ray Ban

Une sincérité certaine émane de ce personnage, alliée à la touchante pudeur qui le pousse à porter des lunettes de soleil, et ce même par temps de pluie.

Véritable phénomène underground du moment pour peu qu’on s’intéresse à la scène hip-hop française, Morsay redéfinit les codes de la langue française et révèle une nouvelle facette de la banlieue. Poignant.

On le compare déjà à Renaud en référence à ses textes subversifs et son amour pour la castagne, ou même à Kenza Farah pour son teint de peau hâlé et sa voix mezzo-soprano. Mais s’il fallait vraiment lui trouver des influences, on pourrait bien remonter jusqu’à la création de la dynastie Ming, lorsque les eunuques poussaient à la tombée de la nuit un chant lancinant exprimant ce sentiment de nostalgie envers leurs organes reproducteurs.

Originaire de  »Cli-Cli » Clignancourt, cet artiste de l’asphalte n’hésite pas à utiliser sa plume pour retranscrire le malaise des jeunes issus de l’immigration ( »on est trop véner ! »), désabusés par la montée progressive du fascisme en France ( »nique les pédés de fachos !  »).Si le capitalisme est un thème récurrent dans ses textes ( »nique sa mère les blindés qui pensent (…) pas à la pauvreté), on remarquera également des réquisitoires contre la prostitution ( »nique sa mère les catins ! ») et même un message destiné à ses détracteurs ( »nique sa mère les bâtards qui nous boycottent ! ») Il dresse une critique acerbe mais réaliste de la première radio rap française Skyrock ( »nique Skyrock ! ») tout en hébergeant son blog sur la plateforme communautaire de celle-ci, Skyblog. Un subtil pied-de-nez qui montre que le rappeur sait faire preuve d’ironie. Car dans l’univers de Morsay, tout n’est que jeu : ce poète urbain aime déformer ou inventer des mots pour conférer une nouvelle sonorité à ses chansons ( »nique la arnouch » /  »nique la schnouf »), et ceci jusque dans les titres de ses morceaux (cf. le sulfureux  »On s’en balle les couilles »). Malgré un succès certain, il sait néanmoins rester humble et les remerciements abondent dans ses productions ( » c’est pour ceux qu’ont acheté mes T-shirts et mes CD ») tout en restant attaché à ses racines ( »pour tous les mecs qui vendent du shit dans les quartiers » ;  »dédicace aux voleurs ») au point d’en faire parfois un peu trop, il faut l’admettre ( »dédicace au 95 ; 93 ; 94 ; 92 ; 78 ; 91 ; 60 »).

(allez directement à 2:20 pour voir la performance de Morsay)

Pour prolonger la découverte, on conseillera le récent  »Elle est pas belle l’île de France ». Non content de fustiger la politique du président actuel, le Victor Hugo de Clignancourt le prend directement pour responsable de la crise financière, exhibant son corps affaibli et rachitique comme preuve incontestable de la famine régnant dans les cités. Même le règne animalier est pris d’assaut ( »ta chatte à ta mère, la chatte à ta mère, la chatte à ton grand-père » avec un flow rapide et rythmé). On remarquera la prestation d’un jeune danseur handicapé en sur-poids, comme s’il était nécessaire d’ajouter une couche d’humanité au tout. La fin du vidéoclip n’est pas en reste avec un Morsay athlétique qui réussit à distancer deux terroristes et réalise quelques pas de danse en hommage à Gene Kelly, son père spirituel.

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