Téléthon 2009 : Let The Good Times Roll !

United Colors of Téléthon

– Salut José comment ça se passe ?
– Comme sur des roulettes.

Voilà typiquement le genre de dialogue quotidien que vous n’entendrez pas ce week end. En effet, comme chaque année, on dédie un bout de télé aux handicapés mentaux, moteurs, motown. Soit deux jours d’une folle farandole où l’on tentera par tous les moyens d’attirer votre sympathie et vos sous, à grand renforts de gros plans sur un pauvre gosse qui bave sur sa serviette. Toujours ce mystérieux code que l’on vous enfonce dans le crâne dès que possible, 36 37, qui selon des professionnels en numérologie qui ont lu le Da Vinci Code dix fois signifie « money money money ». 30h de direct entrecoupées par des pubs « on se lève tous pour Danette ». C’est le Téléthon. Hourra !

Le Téléthon, c’est la vie. Enfin pas tellement, c’est même plutôt l’inverse, mais en tout cas ça nous rend heureux à Dawn. C’est notre Noël à nous. A aucun autre moment de l’année on ne peut retrouver cette atmosphère si particulière, faite de rires, de chants, d’espoirs brisés, de mort, de mort, et de mort. Jamais, dans notre petit écran, on ne peut découvrir des dizaines de malades génétiques qui virevoltent dans tous les coins comme autant de petites lucioles dans la nuit. Jamais, sauf durant ce week-end magique. Souvenez-vous de ces réunions en famille, parsemées de « c’est terrible ce qu’il lui arrive à ce gosse », alors qu’on sait très bien qu’à l’intérieur tout le monde se marre. Et ce qui compte, c’est l’intérieur. Demandez-donc à Nicolas Sarkozy ce qu’il en pense.

"Maison...téléphone...Motorhead."

Et le Téléthon, finalement, qu’est ce que c’est exactement ? Clarifions d’abord le terme. Téléthon n’est pas la chaîne câblée officielle de Cousteau ; c’est la contraction de télévision et marathon. Car marathon est de toute évidence un terme adéquat pour une émission à base non pas de popopop mais de gens en fauteuils roulants. Le Téléthon, c’est un moyen de réveiller les consciences, d’apprendre à aimer, apprendre à sourire, et apprendre à vivre. Du moins jusqu’à dans quelques jours, moment où vous irez faire les courses de Noël et où vous oublierez toute notion d’amour et de respect. Jusqu’au 5 décembre prochain.

Sauvez cet enfant. Donnez pour la recherche.

« Homme Qui Roule Amasse du Blé »

Rassurez-vous : vous ne vivrez pas cette aventure au fin fond (font font les petites marionnettes) du pathos seul. Comme on ne voit jamais un Frodon sans un Sam ou un Eric sans Ramzy, il n’y a point de Téléthon sans Nagui. Gentil arabe officiel de France Télévision, il vous accompagnera d’un pas léger dans cette épopée romantique, fidèle compagnon rigolo dont la bonne humeur n’est jamais mise en déroute. Habitué à recevoir Cali dans ses émissions, il sait se faire compréhensif face aux cerveaux les plus démunis et est donc tout désigné pour ce rôle. A ses côtés, une éternelle Sophie Davant qui, contrairement à ce qu’on pouvait imaginer, est toujours en vie. Malheureusement, seulement un infime (infirme ?) pourcentage des protagonistes de l’an dernier peut se targuer du même exploit.

"Ah, on est quand même bien contents d'avoir des jambes !"

Ce dam dam duo (avec l’aide de gens géniaux comme Tex) va vous guider durant l’intégralité de ce long voyage à la découverte de l’inconnu et vous soutirer un peu de thunes. Pour ce faire, ils sont passés maîtres en des techniques d’approche qui ont fait leurs preuves par le passé. Le sourire compatissant en coin, ils vont d’abord laisser un handicapé (préférablement un enfant, bien plus efficace) raconter ses péripéties franchement peu distrayantes et sa lutte face aux soucis du quotidien. Nos animateurs, après un bon mot encourageant, se retourneront ensuite vers la caméra et dans un habile triple lutz vrillé parviendront à balancer la phrase fatale : « 36 37, n’oubliez pas. Chaque euro compte. » Le regard « fils d’épicier » sympa de Nagui faisant le reste, vous vous retrouverez bien vite avec un téléphone à la main, la carte bleue dans les dents et le zizi dans le vent. Ou alors, vous pouvez également faire une promesse de don, ça vous donnera bonne conscience pendant quelques mois et les promesses n’ont jamais été faites pour être tenues.

Don.

Ca a l’air bien triste, le Téléthon, vu comme ça. Mais c’est sans compter sur une particularité bien particulière (?), une ironie délicieusement macabre se retrouvant chaque année dans des moments de « gaffes » qui forment en fait la substance même du programme. C’est ce que l’on appelle, et c’est de circonstance, des dérapages.

Hahaha !

Hot Wheels

Ils peuvent survenir à n’importe quel moment : personne n’est à l’abri. Un dérapage est généralement incontrôlé, une langue qui fourche, une bise qui souffle, une mouche qui pète. Ca suffit à générer un climat gênant pour tout le monde, mais d’une puissance comique ô combien jouissive. Citons l’exceptionnel animateur de France 3, l’année dernière, qui balance à un petit malade un franc et jovial « gamin, t’es mortel ! » sans jamais s’apercevoir de sa sortie de route. On ne l’a plus revu à la télévision depuis. Des moments comme ça, le programme en regorge. Il faut donc ouvrir l’oeil et tendre l’oreille. Car parfois le dérapage se fait plus implicite, et requiert une attention de chaque instant. Etait-il par exemple judicieux d’agrémenter un sujet sur le petit Kévin par Knockin’ On Heaven’s Door ? Le débat est ouvert, et pourra vous faire fâcher tout rouge.
Mais les plus forts, c’est les chanteurs. Enfin surtout un, mais j’aimerais quand même, avant de l’oublier, parler de Dany Boon Brillant (qui n’a de brillant que le nom), qui nous a gratifié cette année d’une brûlante performance de son dernier single salsa Palavas-les-flots « On Verra Demain ». Et notre Sinatra bosa nova à nous de secouer son cucul en s’oubliant dans son flot de paroles prenant un tout autre sens dans cet instant sacré salé :

Si ton enfant veut s’enfuir,
Pour courir vers l’horizon,
Pourquoi donc le retenir,
Si petite est sa maison.

Dany Brillant scores.

Tout ça c’est bien petit comparé au roi de la gamelle, la plus belle gauffre de l’histoire du Téléthon, d’une beauté transcendantale subjuguante, une aurore boréale dans une nuit de charbon. Un moment de grâce absolu que nous raconterons bientôt à nos petits-enfants, la larme à l’oeil et les mains fermement cramponnées au déambulateur. François Feldman va trancher dans le vif devant un public mystifié. Suivez donc Laurent « Dieu » Boyer dans les arcanes de la télévison qui nous fait rêver :

Ce qui nous amène à un autre aspect salement fascinant du Téléthon. Celui-ci n’est pas seulement un moyen de rapporter de l’argent pour la recherche, ça c’est secondaire, puisque de toute évidence ils cherchent toujours. C’est avant tout un faux coup de pub géant pour les invités. Ce sont eux les vrais stars du show : généralement aussi condamnés médiatiquement qu’un handicapé l’est physiquement/mentalement/gaiement (rayez les mentions inutiles), ce week end leur permet de revenir cinq minutes à la télé. Et cinq minutes de télé, certains seraient prêts à tout pour ça. Ce grand cirque du has been, dirigé par notre impeccable Monsieur Loyal Nagui, est un véritable régal. Entre les petits nouveaux déjà sur le déclin et ceux qui ont dévalé la montagne depuis bien longtemps, il y a de quoi faire.

"Vanina-ha-ha-ha ! Téléthon-hon-hon-hon !"

En parlant de has been, cette année, le parrain, il padrino bronzato, c’est Daniel Auteuil. La Star Academy avait eu droit à Phil Collins et Rihanna, bon au Téléthon on fait dans le local (et le gratuit). Le choix de Daniel Auteuil peut aisément s’expliquer : il se sent en effet très concerné par les diverses malformations génétiques depuis qu’il a tourné avec Pascal Duquenne et surtout incarné le rôle principal du Bossu. Et puis en plus Kad Merad n’était pas disponible.

"Ca ne me change pas tellement des ch'tis."

Au bout de 15 minutes d’émission apparaissait le premier invité célèbre, le toujours frétillant Grand Corps Malade et son obsession malsaine des moyens de transport. Alors oui, plus que n’importe quelle autre « star », il se fond dans l’ambiance générale avec l’aisance d’un chaton boiteux. Toujours aussi expressif qu’un barreau de chaise, il nous fait cadeau d’une émouvante prestation de son obscure chanson « Sixième Sens ». Non, contrairement à ce que vous imaginez, ce n’est pas un hommage a Spider-Man, mais un message sur le handicap aussi profond qu’un encadré dans Paris Match posé sur une ligne de piano Barbelivienne à deux balles. Heureusement, chaque euro compte.

La clé du succès.

Après que Dave soit venu dire bonjour et refiler quelques goudas à l’assistance, c’est l’heure la fameuse prestation de Dany Brillant. Et c’est là que la vérité éclate : ces invités n’en ont rien à foutre des handicapés. Ces derniers ne représentent qu’un seul intérêt pour la star has been, mais pas des moindres : ils ne peuvent pas s’enfuir. Sans micro, personne ne les entendra crier. On peut leur mettre n’importe quelle merde devant les yeux, même des polyphonies corses, à partir du moment où les moteurs sont coupés, ils seront bien obligé de souffrir sans échappatoire. C’est sûrement ça leur destin le plus funeste. Il y en avait bien un, désespéré, qui a tenté de se faire évacuer en simulant de violents spasmes, sans succès. Tout le monde pensait, et c’est compréhensible, qu’il était emporté par le groove terrassant de Dany (mh Danone).

"Sortez-moi de là !"

Wheel In The Sky

Alors, et maintenant ? Le suspense est comme toujours insoutenable. Un peu comme à la fin de Fort Boyard. Combien vont-ils amasser ? Ce n’est pas tellement l’important. Car malgré tout, le Téléthon est une émission importante, que nous soutenons bien évidemment sérieusement et de tout notre coeur. La lueur scintillante d’espoir qui apparaît dans le regard d’une personne abandonnée, rejetée à cause de sa différence et parce qu’il ne correspond pas à ce que la société bien-pensante veut de lui, vous savez quoi, cela n’a aucun prix. Ce serait mentir de dire que cela ne nous touche pas. Et moi, ben j’y crois.

Oui, j’y crois, au come back de Dave.

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2 commentaires

  1. haha énorme le « tout le monde debout!! ».

  2. Tu déchires.


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