Frontière(s) : Fuite des cerveaux

Brain Dead

Le Japon a Sadako, l’Amérique Michael Myers, l’Angleterre Jack l’éventreur, la Belgique Marc Dutroux. Force est de constater que la France n’a jamais vraiment possédé de mythe sur lequel baser ses productions horrifiques, d’où une certaine tendance à pomper (sur) les voisins telle Estelle Lefebure à sa pendaison de crémaillère. On avait bien le créneau magique du redneck poisseux de campagne collectionneur de cadavres mais depuis Bienvenue Chez Les Ch’tis les notions de rural et de peur panique ne s’imbriquent plus entre elles, contrairement à Estelle Lefebure et toute excroissance naturelle sur sa route. Heureusement mes amis, Frontière(s) est sorti juste avant le documentaire primé de Dany Boon, on aura donc le droit à notre bon vieux film de merde à l’ancienne, vestige d’une époque brève et désormais révolue tel l’hymen en bocal d’Estelle Lefebure.

"N'entrez pas, c'est une vraie boucherie !"

Xavier Gens a décidé de reprendre d’assaut les cinémas après l’adaptation d’Hitman qui lui avait valu les Oscars du meilleur scénario original, meilleur scénario adapté, meilleure direction pour la danse, meilleur film muet, meilleurs dialogues et le prix Uwe Boll qui récompense les réalisateurs proches de leur public. A peine découragé par les lettres de menaces, il veut apporter sa pierre à l’édifice branlant (telle une Estelle Lefebure même sans GHB) qu’est le cinéma d’horreur français. Le film, tourné bien avant Hitman mais gardé sous le coude façon arme de dissuasion s’appellera Frontière(s), avec un s pour le pluriel mais entre parenthèses, parce que ça intrigue le(s) chaland(s). En parlant d’intrigue, je vais pas y aller par quatre chemins, Frontière(s) en propose une qui repose sur le concept de fourre-tout (comme le vaste fondement d’Estelle Lefebure) : quelques jeunes de banlieue (ces êtres venus de nulle part dont Europacorp est si friand) confrontés à une famille de campagnards taquins (Massacre à la tronçonneuse n’est pas loin).

Bonhomme en mousse

Il faut bien reconnaître une force à Frontière(s), celle de surprendre. Le film débute sur une scène d’introduction fortement inspirée de La Haine (les manifestations/émeutes opposant la jeunesse à la police sur fond de Bob Marley) malheureusement tournée avec une caméra montée sur un roseau. Le roseau, lorsqu’il est associé à une caméra, permet d’obtenir des plans fugaces, vivaces, salaces (Estelle Lefebure, je ne t’ai pas oubliée) mais qui donnent surtout bien mal de tête. Une voix-off Frédérique Miterrandesque apocalyptique nous annonce que suite au passage de l’extrême-droite au second tour des élections présidentielles, les jeunes des cités ont décidé de faire un grand feu de camp principalement alimenté par des voitures (sacrés écolos !).

"J'tavais dit qu'ouvrir une bouteille de Bordeaux dans l'ascenseur c'était dangereux"

Si la première partie du pitch vous a donné envie de voir le film, ce n’est pas très grave. Car dix minutes après, on remballe totalement l’intrigue politique pour suivre Alex, Yasmine, Tom et Farid, avec leurs noms qui sentent bon l’exotisme et le danger comme un boîte de couscous Garbit. Nos sombres héros (olé !) viennent de braquer une banque, buter quelques policiers qui leur cherchaient querelle, déposer le frère de Yasmine à l’hôpital (qui s’envolera rapidement pour le Gangsta’s Paradise) pour filer vers la frontière luxembourgeoise dans deux voitures différentes.
D’un côté, Tom et Farid incarnés par David Sarac(e)ino et Chems Dhamani (je vous épargne le jeu de mot sur un chanteur venu de là-bas), qui se retrouvent fort dépourvus quand la « putain de nuit de sa reum » fut venue. Ces djeunz ont la tchatche en eux, avec un débit de « enculé/baise/pute » plus important que les autres protagonistes, ils représentent donc la touche comique du film. On leur prédit une vie aussi longue que n’importe quel noir dans un film (Whoopy Goldberg mise à part).
Tom, c’est le genre de bad boy dont le phallus servirait de boussole (et le nord indique l’entrejambe d’Estelle Lefebure). Espiègle, il ne manque jamais une occasion de se moquer de ses camarades. Farid est plus réservé. Quoiqu’il en soit, le duo fonctionne à merveille et on a régulièrement le droit à des dialogues hilarants, sponsorisés par l’office du tourisme du 92.
 »Hé, sérieux, on est bien dans nos HLM, hein ? »
 »T’es un bonhomme ou pas ? T’ES UN BONHOMME OU PAS ? »
 »OUAIIIIIIIIIIS, J’SUIS UN BONHOOOOOOOOOMME !! »
Notez le nombre de O prouvant la conviction du bonhomme.
Et puis il y a de la romance, dans l’autre voiture, avec Alex et Yasmine, qui sont d’anciens amants. L’ambiance n’est pas totalement au beau fixe avec la mort du frère de Yasmine, mais cette dernière est enceinte d’Alex et lui apprend pelle-mêle, histoire de changer de sujet.

Même Pascal le grand frère perd son sang froid face à Farid.

Alors oui, cette situation d’introduction n’a rien du film d’horreur, mais il faudra attendre que Tom et Farid débarquent dans un gîte tenu par une famille bien suspicieuse. Car en plus d’être des tueurs pour le fun, ils ont également le culot d’être nazis.

Bons aryens

Tom et Farid sont donc les premiers à arriver dans l’auberge pas vraiment espagnole. En cuisine, c’est l’ami Samuel le Bihan (Goetz) qui grogne d’excitation. Oui, il grogne, car dans Frontière(s), il a choisi de s’affranchir de la notion de crédibilité. Plus viril qu’un Moundir sevré au Redbull, Sammy traduit ses émotions par divers « groumphh ». L’acteur avouera par la suite s’être inspiré non pas d’un personnage précis mais d’un sanglier ?!? Espérons qu’il soit payé en glands, comme Estelle l’a elle-même exigé.

"Grouiiik ?"

Cette dernière se charge de l’accueil des clients, et elle ne tardera pas à les faire monter à l’étage. Car Gilberte est une crasseuse du plus pur style et malgré les réticences de Farid, qui, à 50 cm de l’intéressée, ne manquera pas de faire part de ses impressions à son comparse (« C’est une salope, j’te dis ! »), Tom finira vite par tâter de la bougresse. C’est là que tout le personnage de Farid prend son sens. Fidèle à sa copine imaginaire ou peut-être trop pieu, il refuse le plan à trois pour se retrouver 15 secondes plus tard… à le filmer (!) perché sur le lit en hurlant des « ouais, vas-y ! ». On a vu Estelle plus distinguée, mais ce côté débridé révèle très vite le plan machiavéliquement complexe d’une famille élevée au national-socialisme. Tuer des gens.

Gilberte s'inquiète de ses sentiments à l'égard de Tom

Mais si les rares « métèque » et « bicot » lancés à l’encontre de Tom et Farid annonçaient la couleur, il faut attendre la venue du patriarche pour rentrer une bonne fois pour toutes dans le n’importe quoi. Imaginez un vieux à l’accent allemand qui ne pourrait pas s’empêcher de s’exprimer dans sa langue natale pour traduire en français dix secondes après. En plus d’être insupportable, l’effet se révèle surréaliste dans les scènes d’action où il joue sa vie mais continue son rôle d’auto-interprète freelance. Et le pire, dans tout ça, c’est probablement sa conception du nazisme. Pour tout dire, j’imagine déjà Adolf se retourner dans sa tombe jusqu’à faire la toupie. Tuer des arabes, ok, ça reste dans l’optique. Quoique leur donner l’occasion de s’accoupler avec sa fille juste avant, ç’est moyen. Les cuisiner pour le repas de famille, on est limite. Alors que dire lorsque les vilains méchants nazis décident d’épargner la beurette enceinte pour la marier au nouveau chef de clan et ainsi perpétuer… la pureté… de la race aryenne (!!!). Un bel exemple en soi du métissage des cultures, comme le chantait Yannick.

N’y allez pas, c’est une merde !

A partir de là, tout ce que je peux citer passera pour du petit lait. Et pourtant, il reste tellement à dire avec la pléthore de références du genre casées maladroitement dans Frontière(s), des créatures aux yeux verts (qui sont en fait des enfants hyperactifs) poursuivant les héros dans un tunnel (The Descent) aux effets spéciaux balourds (voir image) en passant par les pans entiers piqués à Massacre à la Tronçonneuse, l’amateur éclairé s’amusera à crier au scandale à chaque nouvelle séquence.
Xavier Gens, quant à lui, moins présent derrière la caméra, continue tout de même son petit bonhoooomme de chemin, avec un rôle qui lui sied dans Lady Blood (il est crédité sur allociné comme « L’homme tabassé ») et aura au moins permis à David Saracino de finir avec le fleuron de la comédie française (Safari).

Un film creux ?

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Un commentaire

  1. J’avais aussi décortiqué ce film ici, ce fut un vrai régal!

    http://www.ohmydahlia.com/blog/?p=968


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